Un condamné à mort s’est échappé et ça fait plaisir. Encore une vie sauvée ! Ce bonheur est d’autant plus grand que l’échappé aurait été injustement exécuté alors que l’assassin court toujours et en tuera beaucoup d’autres…
Ce qui rend la lecture de Jean Revault d’Allonnes passionnante, c’est tout à la fois sa banalité et son exemplarité. Qui d’entre nous n’a pas eu un ou plusieurs de ses proches vaincus par le cancer. Jean, lui, a gagné. Peut-être pas définitivement, il le sait, il l’écrit, comme il écrit aussi qu’il a la certitude désormais de gagner les prochains combats s’ils se présentaient, ajoutant que nous mourrons tous un jour, et pas forcément du cancer.
De ce récit, de ces réflexions, vous retiendrez d’abord qu’un cancer n’est pas nécessairement fatal et qu’il le sera de moins en moins. A condition de se convaincre sans délai que l’on peut gagner.
D’abord n’allez pas penser que ce n’était que la prostate. Ce type de cancer est l’un des plus sournois et tue encore beaucoup trop d’hommes : Quand on le détecte, il est souvent trop tard parce que le patient n’a jamais eu ni symptôme, ni alerte, ni souffrance.
Précisément, l’intérêt premier de ce livre, c’est la démonstration qu’il ne faut surtout par perdre de temps à se lamenter : pourquoi ça m’arrive à moi ? Pourquoi dois-je mourir si jeune ? Jean s’est immédiatement révolté et a décidé de refuser la défaite annoncée. Sans doute tient-il de son père, qui dès juin 40 avait rejoint à Londres le général de Gaulle, cette volonté, cette lucidité, cette capacité à faire sans hésitation les bons choix. Alors qu’aujourd’hui on redécouvre les vertus du médecin de famille, c’est un simple médecin de campagne qui le premier l’a guidé dans ce combat gagnant.
Ce livre, plus qu’une victoire sur la mort, est une magnifique leçon de vie. « Personne, dit l’auteur, ne peut supporter seul l’annonce d’un cancer ». A l’évidence, il sait mieux que moi de quoi il parle. Il n’empêche qu’il nous apporte surtout la preuve que, sans son envie forcenée de sortir vainqueur de ce tête à tête avec la mort, il ne serait plus là pour raconter sa victoire. Et c’est bien en cela que Jean est exemplaire et qu’il nous rend à tous l’ESPOIR.
Philippe Gildas.